Je reviens tout juste d'une tournée d'ateliers qui m'a mené en Alaska et en Oregon. Lors de ces ateliers, je constate que l'une des techniques les plus difficiles à maîtriser est l'utilisation des formes liées et des valeurs. Il y a quelques années, j'ai commencé tous mes ateliers par une étude des valeurs à la teinte neutre, qui a progressivement évolué vers des études de valeurs et de composition au graphite, que je réalise avant la plupart de mes tableaux.

En Oregon, j'ai décidé de revenir à une démonstration d'aquarelle semi-monochrome afin que les étudiants perçoivent le lien direct entre l'esquisse préparatoire et les notes mentales et écrites sur la manière de réduire le sujet à son essence, sans la tentation de la couleur. Dans mes peintures, je privilégie la composition à la précision et me permets de modifier et de déplacer les objets à ma guise. Mon seul objectif est de saisir l'émotion que me procure un lieu. Je trouve ce type de scène très utile en atelier, car nous étudions les formes et leurs agencements. Nous utilisons également différents types de lavis et de coups de pinceau pour créer une atmosphère et un intérêt visuel. Au fond, la difficulté d'une peinture dépend de la volonté de l'artiste.

Lorsque j'observe un paysage, que je peigne en extérieur ou d'après des photos et des croquis, ma première question est : comment puis-je le simplifier ? Quel est le sujet principal ? Me poser ces questions me permet d'éliminer les détails superflus et de mieux cerner mes objectifs. Dans cette toile, ce sont la sensation de profondeur, la taille des rochers sur la plage et, enfin, la plateforme d'observation qui m'ont interpellé. J'ai choisi de représenter la plage à marée basse afin de jouer avec les reflets des bassins de marée et d'éviter de trop insister sur les vagues. Pour ces choix, je me base sur des souvenirs de conditions observées plus tôt dans la journée ou dans d'autres lieux au relief similaire.

Un croquis préparatoire est essentiel avant de commencer à peindre afin de bien comprendre son sujet et la manière de le traiter. Ces croquis sont généralement très libres ; je prends du recul et j’observe les grandes formes et leur interaction. Je note comment modifier le dessin et je visualise les différentes étapes de la réalisation de la peinture. J’explique à mes élèves qu’un bon peintre doit anticiper et savoir que la technique du clair au foncé est très tolérante, car les valeurs foncées masquent les erreurs commises lors des lavis initiaux. Plus ils pratiquent les lavis variés et travaillent sur la page entière plutôt que par petites touches, plus leur composition devient cohérente et harmonieuse, évitant ainsi le risque de la fragmentation.

Palette aquarelle vedette

  • DANIEL SMITH Terre d'ombre brûlée,
  • DANIEL SMITH Terre de Sienne brute,
  • DANIEL SMITH Bleu outremer français,
  • DANIEL SMITH Quinacridone Orange brûlé,
  • DANIEL SMITH Blanc chinois, et
  • Teinte neutre DANIEL SMITH

La première couche sert simplement à établir l'ambiance et à créer une sous-couche qui unifie l'ensemble. J'utilise un papier Fabriano Artistico 300 lb à grain fin, avec un pinceau rond Escoda Versatil 14 et un pinceau plat Versatil 3/4".

Les peintures utilisées sont : Terre d'ombre brûlée, Terre de Sienne naturelle, Outremer français, Orange brûlé quinacridone, Blanc de Chine et Teinte neutre de la marque DANIEL SMITH. J'ai appliqué une série de lavis variés, combinés à des coups de pinceau rapides à sec, pour suggérer la lumière sur l'eau. J'ai ensuite créé des hautes herbes et des zones aux tons chauds avec l'Orange brûlé. J'ai déposé un mélange d'Outremer français et d'Orange brûlé dans le ciel pour suggérer l'atmosphère, et, tant que la peinture était encore humide, j'ai travaillé les premières couches de nuages avec du Blanc de Chine.

Les couches suivantes sont toutes réalisées d'un seul jet, avec des intensités variables au fur et à mesure de ma progression dans le tableau. J'ai légèrement atténué les tons pour donner plus de relief à la base de Haystack Rock et j'ai continué à intensifier les zones d'eau en me rapprochant du premier plan, où j'ai ajouté de la terre de Sienne naturelle pour imiter les herbes sèches de la falaise. Il s'agit d'un ébauchage de base. J'évalue l'intensité des valeurs et la netteté des formes des rochers et autres éléments, en me rappelant que les lavis suivants masqueront mes erreurs si quelque chose ne me convient pas. Cela m'évite d'hésiter et me permet de peindre avec tout mon bras, par larges coups de pinceau.

Les dernières étapes consistaient à intensifier les ombres au premier plan à l'aide d'un mélange de teinte neutre, d'orange brûlé et d'une pointe d'outremer français. J'ai ensuite appliqué par brossage à sec la rambarde et les personnages, puis, avec un lavis très humide, j'ai mélangé la teinte neutre par aplats pour créer les ombres des herbes. J'ai ajouté les lampadaires pour relier le premier plan au second plan et, à l'aide d'un vaporisateur, j'ai vaporisé un ou deux coups de pinceau pour texturer. Pendant le séchage, j'ai utilisé du blanc de Chine à l'arrière-plan pour adoucir le ciel et le rocher Haystack.

Je suis revenue à la toile après l'avoir laissée reposer toute la nuit. J'ai décidé d'accentuer les reflets sur Haystack Rock pour lier l'arrière-plan au plan intermédiaire, puis j'ai de nouveau appliqué un lavis d'eau claire sur le ciel pour renforcer l'impression de perspective atmosphérique. Ces toiles sont généralement réalisées rapidement. Je doute y consacrer plus d'une heure et demie, ce qui favorise des coups de pinceau spontanés et une impression de liberté dans l'ensemble. J'explique à mes élèves qu'un dessin libre contribue à une peinture plus libre, tandis qu'un dessin précis permet un travail beaucoup plus maîtrisé. Que l'on soit attiré par le détail ou par le geste, ces exercices sont extrêmement agréables et permettent d'acquérir de précieuses connaissances sur le lavis, les coups de pinceau et les valeurs. Moins nous en disons, plus nos tableaux invitent le spectateur à tirer ses propres conclusions et à se créer ses propres histoires. Plus je peins, plus je trouve que cette méthode de travail est la plus satisfaisante pour moi.

Iain Stewart AWS/NWS