Démonstration d'aquarelle avec Brenda Swenson

Dans cette démonstration, je peins un gros plan d'un pick-up Chevrolet de 1946, d'où le titre “ CAL 46 ”. Les vieux camions me fascinent depuis des années, et une grande partie de mon travail s'en inspire. J'ai découvert ce camion dans une pépinière, où il servait à présenter une variété de plantes. J'ai été captivé par la façon dont la lumière se jouait sur l'aile et la calandre. Je savais que j'avais une photo intéressante, mais les peintures les plus réussies commencent par un bon dessin. Il est bon de se rappeler qu'“ un appareil photo n'a qu'un œil et pas de cerveau ”. Notre rôle d'artistes est d'insuffler la vie à nos œuvres, et de ne pas nous laisser enfermer par une photographie.

ÉTAPE 1 Avant de commencer à peindre, je travaille la composition, les valeurs et la palette de couleurs. Une étude des valeurs me permet d'établir une stratégie. Lorsque je travaille à l'aquarelle en transparence, il est essentiel de bien repérer les zones qui doivent rester blanches. Je n'apprécie guère les liquides de masquage, c'est pourquoi une bonne préparation est indispensable. J'aime beaucoup le processus de planification et de dessin. Ce temps de préparation me permet de visualiser mentalement le processus de création avant même de commencer à peindre.

ÉTAPE 2 Pour donner l'aspect d'un vieux métal peint, je vais appliquer la couleur de base par étapes. Le premier lavis est un mélange de bleu cobalt turquoise, d'azurite véritable et d'ocre jaune. Je dépose trois grandes quantités de ces couleurs au centre de ma palette. Je laisse les trois couleurs se mélanger légèrement sur les bords, tout en conservant des couleurs pures au centre de chaque quantité. En appliquant ce large lavis, je peux nuancer légèrement les couleurs en prélevant des mélanges sur ma palette. Dans les zones exposées au soleil, je réchaufferai la couleur de base avec de l'ocre jaune. Avant que le lavis ne sèche, j'ajoute une petite quantité de terre de Sienne quinacridone dans les zones que je souhaite imiter la rouille.

ÉTAPE 3 Pour peindre la calandre, je commence par humidifier le papier avec de l'eau claire. J'applique ensuite une teinte claire de terre de Sienne brûlée et de noir lunaire, en laissant les couleurs se mélanger sur le papier. Pour l'intérieur de la cabine, je souhaite des teintes plus foncées. Pour cela, j'utilise un mélange plus riche de terre de Sienne brûlée et de bleu phtalo (rs).

ÉTAPE 4 J'appelle cette étape “ l'adolescence d'une peinture ”, pour plusieurs raisons. D'abord, elle paraît maladroite, sans maturité apparente ni dans son aspect ni dans son atmosphère. J'ai envie de prendre du recul et de revoir mon projet. Mais comme pour un adolescent, il faut persévérer et traverser ces phases parfois difficiles. En persévérant, on est souvent émerveillé par la beauté qui se révèle. Pour définir la couleur de la carrosserie du camion, j'applique maintenant mon premier glacis. Je me concentre sur l'aile et le côté du capot. Cette zone étant à l'ombre, les couleurs y sont plus foncées.

À ce stade, j'applique un glacis de bleu cobalt turquoise et de terre de Sienne quinacridone. Juste au moment où l'aile est orientée vers le soleil, j'ajoute une touche de chaleur avec de l'or quinacridone. La plaque d'immatriculation est un mélange de noir lunaire et de bleu cobalt. J'incorpore ensuite de la terre de Sienne quinacridone à ce lavis encore humide, autour du phare et dans la fissure de l'aile. L'humidité du papier est essentielle pour que la peinture puisse granuler et créer la texture recherchée pour l'effet de rouille.

Couleurs utilisées à l'étape 4 : Or quinacridone, Bleu cobalt turquoise, Noir lunaire

ÉTAPE 5 Cette étape est riche en détails et permet de donner forme au camion. L'ajout des ombres portées est sans doute l'étape la plus importante. Les ombres sont plus expressives que n'importe quel autre élément. Une erreur fréquente consiste à colorer toutes les ombres de la même manière. Les ombres portées ont la couleur de l'objet qu'elles projettent. Sur le camion, toute ombre est d'une teinte plus foncée que la couleur située en dessous, sauf aux endroits exposés au soleil. Les objets qui projettent une ombre sont le phare, le feu rouge et le rebord du capot. En général, une ombre portée est 40 % plus foncée. Je veille à avoir une quantité suffisante de peinture pour réaliser la grande ombre sous le phare. Rien de pire que de manquer de peinture en plein milieu d'un lavis : l'ombre sera alors hachée et irrégulière. Dans cette étape, je peins également le feu rouge avec du carmin et du rouge quinacridone. J'ajoute aussi une petite quantité de ce mélange sur la calandre pour rappeler la couleur ailleurs et éviter qu'elle ne soit isolée. J'ai ensuite appliqué une légère couche de quinacridone doré sur le phare, en guise de sous-couche. On commence à percevoir les avantages de cette sous-couche, tandis que je peins les espaces vides de la calandre. J'utilise de la terre de Sienne brûlée, du bleu phtalo (rs) et du carmin, en laissant les couleurs se mélanger sur le papier. En mélangeant les peintures directement sur le papier plutôt que sur la palette, les aquarelles ont la possibilité de réagir entre elles à la surface du papier. Peindre avec cette technique crée des effets saisissants, propres à ce médium.

ÉTAPE 6 À ce stade de la peinture, j'ai une meilleure impression de son harmonie d'ensemble. Jusqu'ici, j'ai traité la plupart des sections séparément. Maintenant, je dois prendre une décision réfléchie concernant la peinture dans son ensemble. Je dois travailler sur les zones où les valeurs nécessitent un ajustement, afin de renforcer l'impression d'unité. Je vais maintenant ajouter un autre glacis à la plaque d'immatriculation, en utilisant les couleurs originales : Noir lunaire, Bleu cobalt et Terre de Sienne quinacridone.

Je peins soigneusement autour des chiffres, en laissant volontairement des amas de peinture épais pour créer un effet de texture. L'ajout d'ocre jaune sur le chiffre 46, aussi discret soit-il, est un élément important du motif. J'aime que les couleurs se répètent dans une peinture. Ce jaune, ici, me permet d'apporter de la chaleur à une zone un peu terne. Un petit clignotant est placé au-dessus du phare. Ce détail apporte une touche de relief à une peinture qui comporte de nombreuses grandes surfaces. Je pense aussi que le phare aurait paru trop austère sans ce petit élément. J'ai utilisé de la terre de Sienne brûlée et du noir lunaire pour peindre les détails.

Couleurs utilisées à l'étape 6 : carmin, ocre jaune, noir lunaire

ÉTAPE 7 C’est ici que je peux commencer à peindre certains petits éléments du tableau : le volant, les câbles de la plaque d’immatriculation (remarquez le rouge qui se retrouve ici) et le verre du phare. J’ajuste également le rouge du phare. Il paraissait trop vif ; un glacis de carmin et de terre de Sienne brûlée sur le côté gauche a résolu le problème. Pour le phare, j’utilise un léger glacis d’or quinacridone, de bleu cobalt et de rouge quinacridone sur le bord intérieur. Je laisse chaque couleur se mélanger sur le papier. Une fois ce glacis sec, je peux commencer à travailler sur les détails.

Couleurs utilisées à l'étape 7 : Bleu cobalt turquoise, Or quinacridone, Terre de Sienne brûlée.

ÉTAPE 8 On m'a dit un jour que tous les tableaux commencent par se ressembler. Et que ce sont les coups de pinceau finaux qui nous distinguent. D'une certaine manière, ces derniers traits sont notre “ signature ”. Je crois que c'est vrai. En observant le tableau, je remarque que la petite fenêtre à l'intérieur de la cabine est devenue un point focal, la valeur foncée englobant un ovale clair. Ce n'est pas ce que je veux, alors j'applique un lavis sur cette zone avec un pigment qui s'est estompé au centre de ma palette. La plupart des gens appellent cela de la “ boue ”. Ces couleurs grises ou neutralisées sont parfaites pour estomper certaines zones ou atténuer une partie d'un tableau qui est devenue trop dominante. Je garde toujours ma partie préférée pour la fin, et dans ce tableau, c'est le phare. Au fil des ans, j'ai appris à voir les camions comme bien plus que du métal et de la rouille. Lorsque j'ajoute les touches finales à la lumière, c'est presque comme si le petit camion me regardait. J'espère que ma démonstration vous a plu.

Couleurs utilisées à l'étape 8 : terre de Sienne quinacridone, noir lunaire, or quinacridone

Une réflexion sur la “ liberté artistique ”

Vous remarquerez sur la photo de référence l'absence de plaque d'immatriculation. Je l'ai ajoutée principalement pour des raisons esthétiques. Il me fallait un élément qui guide le regard à travers le tableau, loin du coin. N'oubliez pas : ce qui se passe sur votre feuille est plus important que la réalité.