Réaliser une aquarelle réussie n'est pas forcément difficile ni frustrant. Une fois la technique de base maîtrisée, vous obtiendrez à chaque fois une peinture fraîche et lumineuse. Le lavis est essentiel à toute aquarelle. Il s'agit d'appliquer la couleur sur une surface généralement trop grande pour être couverte d'un seul coup de pinceau. Ciels, fonds et tout espace nécessitant une couleur douce et homogène peuvent être obtenus grâce à un lavis réussi.

Il existe quatre lavages de base :

  1.  Lavis plat – utile pour les ciels et toute zone nécessitant une couleur uniforme sans coups de pinceau visibles.
  2.  Lavis dégradé ou gradué – idéal pour les ciels, les transitions douces entre le clair et le foncé ou inversement, souvent utilisé dans les aquarelles et les estampes asiatiques.
  3.  Lavis varié – utilisé lorsqu'on a besoin d'une transition d'une couleur à une autre, comme pour peindre un coucher de soleil où la couleur du ciel passe du bleu à l'orange.
  4.  Lavis mouillé sur mouillé – technique de prédilection de nombreux artistes pour expérimenter avec les couleurs et observer leurs interactions. Appliquez la couleur en la déposant sur une surface humide et laissez les couleurs adjacentes se mélanger et révéler leurs propriétés individuelles.

Outre ces quatre lavis de base, il existe également le glacis, un lavis plat réalisé avec un pigment très dilué. De fines couches transparentes sont appliquées sur un lavis sec existant. La connaissance des propriétés de vos pigments vous permettra d'obtenir un effet net et translucide. Visitez notre Section Ressources Pour lire vos histoires de couleurs préférées ou consulter les propriétés indiquées sur nos nuanciers, vous pouvez également créer votre propre nuancier pour visualiser le rendu de chaque pigment sur du papier aquarelle.

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Voici comment obtenir chaque type de lavage :

(1) Lavage à plat

Fixez un huitième de feuille de papier aquarelle 300# (ou une feuille de 12,5 x 17,5 cm de 140#) sur un support cartonné incliné, en le soutenant avec une reliure de 5 à 7,5 cm d'épaisseur. Préparez une quantité de pigment bien supérieure à la quantité nécessaire. Humidifiez votre papier (j'utilise un pinceau à lavis en poils d'écureuil Isabey série 6235, type langue de chat). Veillez à ne pas trop l'humidifier (cela entraînerait un séchage irrégulier et des coulures), mais à l'humidifier uniformément sur toute sa surface.

Chargez votre pinceau de pigment et appliquez-le uniformément sur le haut de la feuille. Commencez du côté qui vous convient le mieux, en veillant à toujours partir du même bord. Une fois arrivé au bord opposé et après avoir réalisé votre premier trait, répétez l'opération en rechargeant le pinceau et en poursuivant avec le trait suivant, juste en dessous du précédent. La gravité aidera la couleur à descendre, et si votre papier n'est pas trop humide, votre lavis s'uniformisera progressivement jusqu'en bas de la feuille.

Essuyez l'excédent de pigment et/ou d'eau sur les bords de votre lavis avec un pinceau rond pointu légèrement humide ou un essuie-tout, en prenant soin de ne pas perturber le lavis. Une fois que le papier a perdu sa brillance, vous pouvez le laisser sécher à plat, en veillant à ne laisser aucune trace d'humidité sur les bords ou sur le ruban adhésif.

Certains artistes aiment réaliser des lavis plats sur papier sec ; vous pourriez essayer cette technique. La procédure est identique à celle décrite précédemment, à ceci près qu’il ne faut pas humidifier le papier au préalable et préparer une flaque légèrement plus diluée (plus d’eau et moins de pigment) afin d’obtenir un lavis homogène et lisse. À chaque coup de pinceau, veillez à saisir la goutte d’eau et de pigment qui se forme au bord inférieur du coup précédent.

Que ce soit sur du papier humide ou sec, n'oubliez pas de recharger votre pinceau avant chaque coup de pinceau ou chaque passage sur le papier.

Une fois complètement sèche, la peinture doit présenter un lavis uniforme, net et sans traces. Veillez à ne pas utiliser trop de pigment. Il est plus facile d'appliquer un second lavis si vous souhaitez une intensité ou une teinte plus foncée. Tenter d'obtenir une teinte trop foncée dès la première application peut donner des lavis striés et irréguliers.

(2) Lavage gradué ou en gradient
Offrant un fond idéal pour la plupart des paysages, le lavis dégradé peut être réalisé de haut en bas, puis retourné pour être utilisé. Un lavis dégradé présente généralement une transition du foncé au clair. La plupart des artistes préfèrent l'obtenir sur papier sec, mais je trouve qu'on peut y parvenir tout aussi facilement avec du papier humide. Commencez par fixer une feuille de papier sec sur un support rigide, inclinée comme pour un lavis à plat. Préparez une grande quantité de pigment – pas trop épaisse – et n'oubliez pas de bien le diluer dans l'eau pour éliminer les particules et les taches sombres.

Commencez avec un pinceau chargé de suffisamment de produit pour laisser une goutte de couleur/liquide au bord du trait. Rechargez votre pinceau après chaque passage, puis touchez la goutte pour commencer le trait suivant, en couvrant toute la surface de votre papier. Continuez ainsi jusqu'à environ un quart de la hauteur de votre feuille, puis commencez à ajouter de l'eau à votre lavis à chaque trait. L'objectif est de diluer progressivement votre mélange de pigment, en réduisant la quantité de pigment au profit de l'eau. Lorsque vous atteignez la zone que vous souhaitez presque entièrement (ou presque) diluée à l'eau, utilisez simplement de l'eau claire, sans pigment. Le pigment aura tendance à couler vers le bas ; soyez donc attentif aux quantités de liquide que vous appliquez. Veillez à bien nettoyer les bords pour enlever tout excédent de produit.

Il vous faudra peut-être quelques essais pour maîtriser cette technique de lavis, mais une fois acquise, vous pourrez l'utiliser de multiples façons. Par exemple, essayez de tourner votre feuille et d'appliquer le lavis horizontalement, puis verticalement pour créer l'illusion d'une lumière provenant d'un côté de la toile. N'hésitez pas à tester ce lavis sur du papier humide. Vous aurez besoin d'un peu moins d'eau, et il est conseillé de contrôler le débit avec votre main libre.

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(3) Lavage varié ou mélangé

Mélangez deux flaques de couleurs différentes – je préfère utiliser deux couleurs transparentes. Ce lavis s'applique de préférence sur du papier humide (mais pas détrempé). Préparez votre papier en l'inclinant et humidifiez-le avec de l'eau propre et fraîche.

Commencez un lavis nuancé avec la couleur la plus claire, en partant du haut. Veillez à appliquer chaque coup de pinceau dans le même sens et à recharger votre pinceau de pigment à chaque passage. Il est important d'être rapide ; si le pigment coule trop vite sur le papier, contrôlez son flux avec votre main libre en soulevant légèrement le bord inférieur de votre support. Lorsque vous approchez du centre du lavis, retournez votre support/papier afin d'appliquer la couleur dans le sens inverse de celui par lequel vous avez commencé avec la première teinte.

Répétez les étapes ci-dessus, en terminant par votre deuxième couleur à environ 2,5 cm au-dessus de la première. Essuyez tout excédent de couleur ou d'eau sur les bords de votre lavis. Laissez sécher à plat, en veillant à ce qu'il n'y ait pas de flaque au centre. Si c'est le cas, prenez un pinceau rond peu absorbant (sans pigment ni eau) et, en utilisant la pointe, retirez délicatement l'excédent. Remarquez comme les deux pigments se fondent harmonieusement au centre de votre papier ? Ce lavis peut créer un magnifique coucher de soleil. Quinacridone Sienne et soit Bleu phtalo (GS) ou Bleu Indanthrone Elles sont utilisées ensemble dans un lavis nuancé. Commencez par le bleu en haut et remarquez le ton neutre et lumineux à la jonction des deux teintes.

(4) Lavage humide

Voici la technique du lavis “ ludique ”. Lorsque je peins une œuvre très détaillée, j'ai souvent besoin de faire une pause et de m'amuser avec la peinture. Je me sens redevenue une enfant, jouant dans l'eau ! Les lavis mouillés sur mouillés peuvent vous emmener vers des horizons insoupçonnés ! Fixez un quart (ou un huitième) de feuille de papier 300#. À l'aide d'une règle et d'un crayon #2, tracez une série de formes rectangulaires et/ou carrées, en laissant au moins 1,25 cm d'espace entre chaque forme. Mélangez vos flaques de peinture avec deux pigments différents de votre choix.

Sur une surface plane, en travaillant du haut vers le bas de votre feuille, humidifiez l'une de vos formes. Attention à ne pas trop humidifier : la forme doit être légèrement humide, mais pas détrempée, afin d'éviter la formation d'une flaque d'eau. Si vous avez mis trop d'eau, utilisez votre pinceau pour absorber l'excédent. Chargez votre pinceau avec l'un des pigments. Du bout des doigts, appliquez le pigment sur un côté de la forme humidifiée. Si vous avez utilisé suffisamment d'eau, le papier devrait absorber le pigment du pinceau ; c'est ce qu'on appelle “ le dépôt ”. Une fois la quantité de couleur souhaitée obtenue, nettoyez votre pinceau et chargez-le à nouveau en le trempant dans la flaque de pigment suivante. Répétez l'étape précédente, en veillant à déposer la couleur juste à côté de la première, ou sur un côté opposé de la forme. Ne la déposez pas par-dessus la couleur précédente. Maintenant, observez le résultat ! Selon les pigments choisis, vous les verrez se mélanger et s'harmoniser. Vous pouvez favoriser ce processus en soulevant et en inclinant votre feuille ou votre support. Une fois que le papier a perdu sa brillance, vous pouvez passer à la forme suivante. Essayez avec deux pigments différents.

Essayez différentes combinaisons, comme trois pigments différents ou deux couleurs complémentaires (opposées sur le cercle chromatique). Essayez aussi trois couleurs analogues et une couleur complémentaire (une couleur opposée à l'une de vos couleurs analogues sur le cercle chromatique). Les possibilités sont infinies et ne sont limitées que par votre imagination. Une fois ces quatre techniques de base maîtrisées, vous pourrez tout peindre à l'aquarelle ! L'essentiel est de prendre plaisir à peindre et de se rappeler que, quel que soit votre niveau, il faut prendre le temps d'expérimenter ! L'important, c'est le processus, pas la perfection.