Pour commencer, voici quelques principes de base à garder à l'esprit lorsque vous peignez à l'aquarelle en plein air. Les quinze premières minutes sont cruciales pour bien établir les relations entre les éléments ; établissez un plan pour les jeux d'ombre et de lumière et respectez-le, car la lumière change constamment en extérieur. N'essayez pas de suivre la lumière, sinon vous n'en finirez jamais !

  • Prévoyez de préserver vos blancs et vos lumières
  • Peignez en partant du clair vers le foncé et de haut en bas.
  • Peignez l'arrière-plan, puis le plan intermédiaire, puis le premier plan.
  • Commencez par des traits larges avant de passer aux détails, en utilisant votre plus gros pinceau aussi longtemps que possible.

Il ne s'agit pas de règles absolues et elles peuvent être adaptées à votre situation et à votre sujet, mais ces lignes directrices vous permettront de démarrer et de vous guider tout au long du processus avec un plan et un objectif précis. La planification est particulièrement cruciale pour la peinture en plein air, car le temps disponible pour travailler pendant que le sujet est en train de se réaliser est limité.

1. Soyez clair sur ce qui vous a attiré dans votre sujet.
Si vous parvenez à formuler clairement votre intention et ce que vous souhaitez exprimer à ce stade, vous avez déjà une longueur d'avance ! Par exemple : “ J'aime la façon dont le soleil reflète une lumière dorée sur l'eau. ” Notez-le à côté de votre tableau pour vous en souvenir.

2. La division de l'espace est la façon dont nous racontons notre histoire
Nous pouvons prendre dès le départ des décisions stratégiques importantes pour raconter notre histoire. Questions à se poser :

  • Ce tableau représente-t-il davantage la terre ou le ciel ?
  • Y a-t-il un horizon bas ou haut ?
  • Où se situe votre point focal ?
  • D’où provient votre source lumineuse – est-ce une lumière chaude ou froide ?
  • Repérez vos lampes, laissez-les ouvertes et conservez les blancs que vous souhaitez utiliser plus tard.

3. Recherchez les quatre plans de lumière

  • L'avion du ciel est généralement la valeur la plus légère
  • Le plan du sol est un peu plus sombre.
  • Le plan incliné (comme des collines) est généralement plus sombre à nouveau
  • Le plan vertical (comme les arbres) est presque toujours le plus sombre.

4. Simplifiez la scène
Comment simplifier un projet qui paraît si complexe ? Décomposez-le en formes et en valeurs. Repérez les zones sombres en plissant les yeux : cela masque efficacement tout ce qui est invisible à travers vos cils. Si vous ne voyez rien en plissant les yeux, ne l'intégrez pas comme un détail, même si vous savez qu'il est là. C'est tentant, mais il faut résister à l'envie d'entrer dans les détails pour l'instant et se concentrer sur le regroupement des zones sombres en grandes formes et valeurs. En regroupant ces zones, vous simplifierez vos formes et les relierez pour un impact visuel plus fort.

Identifiez les zones claires et foncées, ainsi que la répartition des espaces positifs et négatifs. C'est essentiel pour structurer votre tableau et créer une structure spatiale harmonieuse. Variez les formes pour éviter la monotonie : la variété est la clé, et c'est vous le créateur ! Créez quelques formes et motifs intéressants, mais pas trop, sinon vous n'atteindrez pas la simplification recherchée.

Dépassez les limites physiques des objets en les reliant à leur ombre. Essayez de ne pas vous focaliser sur le nom de la forme, mais plutôt de la percevoir comme une nuance foncée, moyenne ou claire. Sinon, votre cerveau verbal et logique prendra le dessus. L'appeler “ arbre ” ou “ maison ” vous empêche d'établir correctement les connexions et les relations spatiales essentielles, ce qui rend plus difficile la perception des formes et des valeurs abstraites.

Il existe plusieurs façons de simplifier ce processus. En atelier, j'imprime ma photo en couleur et en noir et blanc pour observer les différences de valeurs. Sur le terrain, je réalise une esquisse rapide avec seulement deux ou trois valeurs qui me serviront de carte du territoire à peindre.

5. Observez la scène avec des lunettes à verres rouges ou le filtre de l'appareil photo de votre téléphone. 
Cela évite toute confusion liée à la couleur. Le filtre rouge atténue la couleur et ne laisse apparaître que les valeurs, facilitant ainsi la distinction entre les formes claires, moyennes et foncées, que vous décomposerez ensuite pour simplifier l'image.

Si le secret de l'immobilier réside dans l'emplacement, celui de l'aquarelle est la justesse des valeurs. La plupart des aquarelles ratées souffrent d'un problème de valeurs. Assurez-vous de bien identifier au moins trois valeurs tonales : claire, moyenne et foncée. C'est peut-être l'étape la plus importante pour la réussite de votre œuvre : des formes et des valeurs justes créent la structure et l'ossature qui donneront à votre tableau toute sa cohérence. Une fois cette étape franchie, vous pourrez vous laisser porter par la spontanéité et la fluidité de la peinture, mais votre préparation vous facilitera grandement la tâche !

6. Utilisez la règle des tiers pour créer une composition attrayante grâce à une conception soignée.
Divisez la scène en deux groupes de dominance, selon un ratio de 1/3 à 2/3. Par exemple : clair/foncé, chaud/froid, zones actives/inactives, textures contrastées/douces, ciel/terre. L’important est d’éviter deux moitiés égales, car le spectateur risquerait de ne plus savoir quelle moitié est la plus importante. En choisissant la règle des tiers, vous indiquez clairement au spectateur ce qui est prioritaire. Vous transmettez un message clair sur le propos de votre peinture.

7. Concevoir pour un impact maximal en exagérant, en manipulant et en modifiant
Utilisez ces outils pour créer un parcours visuel qui guide le regard du spectateur à travers votre œuvre. Dès cette étape préliminaire, vérifiez la présence de défauts de conception en observant votre composition à travers le viseur de votre appareil photo afin de gagner en objectivité et de vous assurer de sa cohérence d'ensemble.

8. Esquissez un dessin au crayon, léger et spontané.
Tenez votre crayon sans serrer pour éviter de le crisper trop vite. Commencez par dessiner la structure de base pour pouvoir ensuite ajouter la chair et les os à l'aquarelle. Ne vous attardez pas trop sur les détails à ce stade, sauf s'ils sont essentiels à votre dessin. Vous pouvez aussi peindre, ce qui permettra un rendu plus fluide et libre. Une fois la forme principale bien définie, vous pourrez vous soucier des détails à la toute fin. En d'autres termes, il faut bien préparer le gâteau avant de le décorer !

9. Créer une harmonie de couleurs
Je recommande d'utiliser une palette restreinte. Au fur et à mesure que votre connaissance des couleurs s'affine, vous pourrez ajouter et expérimenter d'autres teintes. N'oubliez pas ce point essentiel : utiliser une même gamme de couleurs crée une harmonie dans votre tableau. Le plus important est de disposer vos couleurs en plaçant les chaudes d'un côté et les froides de l'autre. Ainsi, vous comprendrez la température de vos mélanges et il vous sera plus facile de réchauffer ou de refroidir votre peinture selon vos besoins. Imaginez les couleurs chaudes comme le soleil, avec une base jaune, et les couleurs froides comme l'océan, avec une base bleue.

J'aime disposer mes couleurs sur une palette circulaire, selon le cercle chromatique, pour bien distinguer les couleurs complémentaires. Cela permet d'apprendre à mélanger les couleurs complémentaires pour créer des tons neutres harmonieux qui donnent vie à vos tableaux ! Autre point important : l'aquarelle sèche généralement quelques tons plus clairs qu'à l'état humide. Tenez-en compte et intensifiez vos tons foncés pour compenser.

Restez simple jusqu'à ce que vous maîtrisiez mieux le mélange des couleurs. Si vos valeurs sont correctes, les couleurs s'harmoniseront. Comme dans la vie, si vous avez les bonnes valeurs… le reste est facile !

10. Peignez avec votre cœur
Exprimez vos émotions face à la scène, sans vous soucier de la virtuosité technique. Je réalise généralement mes tableaux en trois étapes, ou lavis. Appliquez vos lavis par couches successives : le premier lavis préserve les blancs et applique les tons clairs (photos 1 et 2). Le deuxième lavis établit les formes et les valeurs (photos 3 et 4).

Photo 1

Photo 2

Photo 3

Photo 4

Photo 5

La troisième étape vous permet de laisser libre cours à votre imagination et de peaufiner chaque détail. Faites en sorte que chaque élément reflète votre style et exprime pleinement votre histoire ! Ces touches calligraphiques et ces ornements originaux guident le regard du spectateur vers votre point focal, lui offrant ainsi une compréhension claire de votre idée.

N'oubliez pas le processus global :

  • Étape 1 : Planification, composition et sous-couche
  • Étape 2 : Détermination des valeurs de structure et d'ambiance par la couleur et la température
  • Étape 3 : Peaufiner les détails pour unifier les éléments et faire du point focal l’élément principal.

Il est également important de veiller à la constance du rapport peinture/eau. Voici ma règle générale : la première couche a la consistance d'un café ou d'un thé, diluée avec une bonne quantité d'eau. Pour la seconde, j'utilise une consistance crémeuse, avec moins d'eau et plus de peinture (l'application humide sur humide donne des contours flous). Pour les finitions, j'utilise la peinture directement sortie du tube (l'application humide sur sec donne des contours nets pour les objets et les détails importants). Bien charger son pinceau pour contrôler le rapport humide/sec demande un peu de pratique, mais vous pouvez ajuster la quantité d'eau en essuyant d'abord l'excédent sur une éponge. N'utilisez pas un pinceau déjà à moitié imbibé d'eau après rinçage, sinon vous n'obtiendrez pas la consistance souhaitée et vous risquez de vous retrouver avec des effets disgracieux sur votre toile !

Quelques réflexions finales… Prenez régulièrement du recul par rapport à votre travail pour vous assurer d'appréhender la peinture dans son ensemble et non pas simplement les objets isolément. Travaillez la toile dans son intégralité afin qu'elle se développe de manière équilibrée à chaque étape.

Gardez toujours à l'esprit votre idée de départ et tracez des coups de pinceau assurés qui la soutiennent. Évitez les coups de pinceau hésitants et confus. Arrêtez-vous avant de croire avoir terminé pour réévaluer votre travail et posez-vous les bonnes questions afin de le finaliser. Ne sur-travaillez pas votre toile. Il vaut mieux la laisser avec quelques imperfections, certes, mais qui lui confèrent fraîcheur et expressivité, que de la retravailler à outrance ! Croyez-moi, j'en ai retravaillé des tonnes, et elles me hantent encore.

Et maintenant, le conseil le plus important et l'étape la plus difficile de toutes… posez vos outils et éloignez-vous de la peinture !

Paysage doré par Georgia Mansur