Mon style en aquarelle se caractérise par un chaos sophistiqué, où un dessin précis laisse place à une peinture expressive, créant un magnifique désordre. Depuis peu, je peins des œuvres de grand format en atelier, ce qui me permet d'amplifier mon style à un tout autre niveau, presque un chaos colossal. Je peux explorer tous les aspects de mon travail : la conception, le dessin, la peinture, la quantité de peinture et les effets. Dans ce tutoriel, je souhaite partager le processus de création d'une œuvre de grande envergure inspirée d'un site immense. Je me concentre sur la conception, le dessin et la peinture, quelle que soit la taille de l'œuvre. Au sein de la structure rigoureuse du dessin et de la conception, je bénéficie d'une grande liberté pour appliquer la peinture de manière expressive et abondante.

Étape 1 : Conception
Mon processus commence par la conception. J'ai utilisé un grand nombre de croquis sur place et des dizaines de photographies pour GAF sur Ponca, Il s'agit d'une peinture de 91 x 183 cm inspirée d'une immense usine de Baltimore, dans le Maryland. Ce lieu m'attire par ses formes intéressantes, leur complexité et son échelle impressionnante. Le défi consiste à en saisir l'atmosphère sans se laisser submerger par le chaos. Il s'agit autant de choisir les éléments à modifier que ceux à inclure. Dans Photoshop, je combine, déforme, coupe, colle et déplace des fragments, de sorte que le résultat final soit autant ma propre création que celle du matériau source original.

Étape 2 : Dessin
J'utilise du papier aquarelle 140# grain fin en rouleau, que j'humidifie et tends directement contre le mur de mon atelier pour qu'il sèche bien à plat. À l'aide d'un niveau à bulle, je divise la feuille en quatre parties égales, verticalement et horizontalement, afin de reporter mon croquis préparatoire sur une surface plus grande. Je construis soigneusement le dessin et j'ombre librement les zones, sans me soucier des traits de crayon superflus. À ce stade, l'important est de me créer des repères pour peindre, car je sais que le résultat sera plus spontané. Au final, de nombreux traits du dessin resteront visibles, car mon œuvre finale est généralement une fusion de peinture et de dessin. Une fois satisfaite de mon dessin, et si j'estime qu'il contient suffisamment d'informations, je suis prête à commencer à peindre.

Étape 3 : Les peintures
Pour moi, les aquarelles DANIEL SMITH sont une invitation à l'expérimentation. Après avoir utilisé d'autres marques pendant des années, j'ai choisi DANIEL SMITH pour la qualité des pigments et leur comportement, mais je les aime tout autant, voire plus, pour leurs effets imprévisibles, avec leur granulation et leur façon de se décomposer – magnifiquement – créant des textures impossibles à obtenir avec d'autres peintures. GAF sur Ponca, J'ai donc décidé d'expérimenter en explorant les couleurs et les effets, car le design semblait l'exiger. J'ai choisi de travailler avec trois familles de couleurs : ma palette standard de 14 couleurs, 15 couleurs PrimaTek et 10 autres couleurs irisées. Certaines des couleurs proposées par DANIEL SMITH sont absolument uniques et correspondent parfaitement à ce qui m'intéresse.
Étape 4 : Premiers lavages
Je commence par appliquer les premiers lavis à l'aide de gros pinceaux en poils d'écureuil, en attaquant la feuille aussi vite que possible, en bloquant les zones de couleur pure et en préservant les parties blanches essentielles. J'utilise beaucoup de peinture et beaucoup d'eau. J'asperge d'eau avec mes doigts, j'applique même la peinture directement du tube et je la frotte avec mes doigts. Si j'en ai trop mis, si tant est que cela soit possible, j'utilise simplement mon vaporisateur comme une gomme et j'enlève les zones qui débordent. En général, cela peut prendre de 10 à 30 minutes selon la toile, mais sur une surface de 1,70 mètre carré, cette œuvre a, il faut l'avouer, nécessité plus de temps et d'efforts. J'ajoute du pigment au pinceau et j'en enlève en vaporisant de l'eau, en frottant avec des pinceaux et même avec mes mains, créant des effets de toutes les manières possibles et par tous les moyens nécessaires. Je continue à peindre, à construire, à modifier, à définir, à créer, à détruire, à ajouter et à enlever, jusqu'à ce qu'il soit temps de faire une pause et de laisser sécher pour la nuit.

Étape 5 : Optimiser les effets avec PrimaTek
Au début, je cherche à créer un maximum de mouvement sur la page, avec une grande variété de couleurs et un maximum d'effets – plus il y en a, mieux c'est. Je m'efforce de relier les différentes zones pour former des masses, et de créer des liens entre des éléments apparemment sans rapport. J'humidifie des zones, je les gomme, j'ajoute et j'enlève de la matière, je crée et je détruis, et je recommence sans cesse, en modifiant constamment mon travail. Cette phase est incroyablement frénétique, presque physique. J'utilise plusieurs couleurs PrimaTek appliquées en couche épaisse, en ajoutant de l'eau sur le papier pour profiter des effets de granulation. Je mélange directement sur le papier et je laisse la peinture couler, s'étaler et éclabousser à sa guise.

Étape 6 : Ajouter de l’éclat avec des pigments irisés
L'utilisation des aquarelles irisées DANIEL SMITH permet de recréer les subtils reflets métalliques des ors, argents, cuivres et même bleus. J'applique des glacis en mélangeant plusieurs couleurs irisées à d'autres ou en les utilisant pures. Travailler sur une toile encore humide peut être trompeur : certaines zones peuvent paraître brouillées ou surchargées lorsque les irisations sont très translucides. Cependant, une fois la peinture sèche, le résultat est pur, riche et magnifique, et la toile apparaît fraîche, lumineuse et réfléchissante. On peut littéralement distinguer les particules irisées à la surface des premières couches de peinture, créant un effet absolument saisissant.

Étape 7 : Raffinement
En avançant, je dois être plus sélective quant à ce qui reste et ce qui disparaît. Je travaille sur les contrastes, du plus dramatique au plus subtil. J'utilise des pinceaux synthétiques rigides, des feutres synthétiques doux en martre, des vaporisateurs, mes doigts, mes ongles, des couteaux à palette et des essuie-tout. J'applique des passages et des marques sombres, je gratte les zones claires, je continue à construire et à affiner. Je ne suis jamais un processus linéaire, car même après cette étape, je peux appliquer des lavis, estomper certaines zones, ajouter ou soustraire de la matière. J'orne la toile des derniers éléments, tels que des tuyaux, des rampes, des fils et divers détails. Je ne peins pas de façon traditionnelle, du clair au foncé, mais plutôt en combinant clair ET foncé, en superposant l'opaque au translucide et inversement, jusqu'à obtenir un sentiment d'achèvement.






